La naissance de la sorcière Chlorophylle

par Danielle Soucy,  septembre 2005

La socière Chlorophylle



    Tout a commencé il y a très longtemps dans un coin perdu du parc de la Gatineau, alors que Marie, une vieille sorcière très gentille, préparait des potions magiques dans sa cuisine. Soudain, elle entendit un bruit à l’extérieur de la maison, comme si quelqu’un jouait dans des feuilles mortes…

    Intriguée, elle regarda par la fenêtre, mais ne vit rien d’autre que les bûches de bois à fendre et l’immense tas de feuilles à brûler. Tandis qu’elle retournait à son chaudron, le bruit se fit entendre de nouveau.


    Elle prit son balai pour chasser l’intrus, qu’elle pensait être un vieux sanglier venu faire son tour, attiré par l’odeur de ses potions.


    Marie sortit par la porte d’entrée et fit le tour de la maison sur la pointe de ses bottines afin de surprendre l’animal et de lui faire peur une bonne fois pour toutes. Mais elle ne vit rien… ni de gros ni de poilu. Le bruit avait cessé complètement.


- Bon, puisqu’il n’y a personne, je vais retourner dans ma cuisine! dit-elle à voix haute.


Mais elle n’en fit rien. Elle se cacha et attendit en scrutant le tas de feuilles.


    Au bout de deux ou trois minutes, elle aperçut un petit quelque chose de pointu sortir d’entre les feuilles, et plus il sortait, plus il avait la forme très particulière d’un chapeau de sorcière. Marie, étonnée, ne bougea pas et retint son souffle. Quelle ne fut pas sa surprise de voir au bout de l’énorme chapeau une petite tête ronde avec des cheveux frisés!


- Par mes cuillères et mes chaudrons, c’est un bébé sorcière!  s’écria-t-elle tout énervée.


    Elle cria si fort que la petite tête et le chapeau disparurent sous les feuilles. Marie reprit ses esprits bien vite. Depuis le temps qu’elle rêvait d’avoir un enfant, elle n’allait pas tout gâcher maintenant.


    La vieille sorcière se précipita à l’intérieur de la maison pour prendre un gros biscuit à la gelée d’abeille et un verre de lait de chèvre.


- C’est bien meilleur pour la santé d’une petite sorcière que des fourmis et des sauterelles, pensa-t-elle.


    Lorsqu’elle revint près du tas de feuilles, elle resta bouche bée en observant ce curieux personnage. Il mesurait à peine cinquante centimètres et portait une jolie robe verte doublée de trois épaisseurs de jupons de la même couleur, de petites bottines pointues ainsi qu’un énorme chapeau recouvert d’insectes qui couraient dessus.


- Par mes cuillères et mes chaudrons, qu’elle est jolie!  s’écria-t-elle encore, ce qui effraya une fois de plus la minuscule sorcière, qui tomba sur les fesses!


- N’aie pas peur ma mignonnette, je m’appelle Marie. Viens voir ce que j’ai ici pour toi, lui dit-elle en lui offrant le gros biscuit et le verre de lait.


    La petite, encore un peu sous le choc, se releva et s’approcha lentement en se dandinant et tendit ses minuscules mains.


    Il n’en fallait pas plus! Marie venait de tomber sous le charme! Jamais depuis ses cents cinquante ans de vie de sorcière, elle n’avait éprouvé un tel sentiment. Elle se demanda si elle n’allait pas s’étouffer tant son cœur s’emplit d’amour… phénomène très inhabituel pour une sorcière.


    Bref, la petite bonne femme engloutit le biscuit, et but le lait d’un trait et regarda Marie droit dans les yeux.


-  Merci !  dit-elle d’une voix aiguë et cristalline.


    Marie, ravie de voir qu’elle pouvait parler, lui demanda son nom, mais la mignonnette répondit par un haussement d’épaules. Marie en déduisit qu’elle n’avait pas de nom. Puis elle lui demanda d’où elle venait et ne reçut pour toute réponse qu’un autre haussement d’épaules.


    Marie prit la petite main très doucement dans la sienne et amena le bébé sorcière avec elle dans la maison.


    Elle allait attendre ses deux sœurs, Gabou et Rebella, avec qui elle vivait et qui étaient parties au marché, afin de décider ensemble du sort de la petite. Elles ne tardèrent pas à arriver. Toutes deux se firent aussi prendre par le charme inouï de l’enfant, et elles l’adoptèrent sans hésitation.

    Les trois sœurs la prénommèrent Chlorophylle, à cause de ses vêtements verts, de son chapeau vert et de ses bottines vertes, et aussi du fait qu’elle avait été trouvée dans un tas de feuilles. Lorsqu’on annonça au bébé sorcière son nouveau prénom, elle se mit à taper des mains, très contente apparemment du choix des vieilles sorcières, qu’elle allait dorénavant appeler tante Marie, tante Gabou et tante Rebella.


    Le mystère de la naissance de Chlorophylle resta tout de même entier, car nul ne sait vraiment comment les sorcières naissent.


    Certaines sont le fruit de quelques sortilèges maléfiques jetés à de méchantes personnes. Ces dernières sont très laides et mangent de grosses soupes à base de limaces, de crapauds et de bave de dragon ou de chauve-souris.

En général, ces horribles sorcières finissent toujours par se faire disparaître elles-mêmes à force d’être maladroites. Chlorophylle ne pouvait pas être de celles-là.


    Les sorcières peuvent aussi s’échapper d’anciens livres d’histoires ayant été abandonnés sur une tablette poussiéreuse de la bibliothèque d’un château. Mais encore là, ces sorcières sont déjà vieilles lorsqu’elles arrivent au monde et sont tellement fatiguées qu’elles ne sortent que le soir de l’Halloween. Chlorophylle ne pouvait pas être de celles-là non plus.


    Il ne restait qu’une possibilité, qui paraissait la plus plausible d’ailleurs. Chlorophylle était sûrement le fruit du rêve d’une petite fille un soir de pleine lune. Car on sait bien que si les petites filles rêvent à des sorcières ce soir-là, ces dernières deviennent réalité en s’échappant du rêve et en se sauvant par la fenêtre de la chambre…


«Quoi qu’il en soit, c’est l’histoire que mes tantes m’ont toujours racontée, et c’est celle que je crois depuis 100 cents ans. Je vis toujours avec elles, mais ça, c’est une autre histoire…»                                                                                                                                 Chlorophylle la sorcière

FIN!


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